Enseignant(s)
De nature politique, idéologique, affectant l’institution (autonomie institutionnelle) ou les personnes (liberté individuelle)
Ingérence politique
En 2023, la professeure Denise Helly, anthropologue spécialisée dans les études sur le multiculturalisme, le racisme systémique et l’islamophobie, a été désignée par ses pairs pour siéger au conseil d’administration (CA) de l’INRS, conformément à un processus de consultation interne validé par le corps professoral. Sa candidature, soumise au ministère de l’Enseignement supérieur du Québec pour entérinement, a cependant été rejetée en décembre 2023 sans justification initiale, suscitant une controverse majeure sur l’autonomie universitaire et la liberté académique.
Contexte de la nomination
Processus de sélection : En vertu de la structure de gouvernance de l’INRS, deux professeurs sont désignés par leurs collègues pour siéger au CA, puis leur nomination est formellement approuvée par le gouvernement. Denise Helly, ayant obtenu l’appui de ses pairs, remplissait tous les critères requis.
Expertise de la professeure : Denise Helly mène depuis plus de 20 ans des recherches sur des sujets sensibles, incluant les politiques d’immigration, le pluralisme culturel et l’islamophobie. Ses travaux critiques envers certaines politiques gouvernementales, comme la Charte des valeurs québécoises de 2013, ont marqué sa carrière.
Refus du ministère et réactions
Décision opaque : Le 20 décembre 2023, l’INRS informe Helly que sa candidature n’a pas été retenue par le ministère, invoquant la « discrétion ministérielle » sans fournir d’explications. Des demandes de clarification de l’INRS et de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) restent sans réponse pendant plusieurs semaines.
Révélations médiatiques : En janvier 2024, des articles révèlent que le refus pourrait être lié à des liens passés de Helly avec des figures controversées, comme le prédicateur Adil Charkaoui, invité à un symposium sur l’islamophobie en 2015. Le cabinet de la ministre Pascale Déry évoque également des réserves sur ses « relations avec le milieu de recherche », bien que celles-ci relèvent de pratiques académiques normales.
Enjeux et implications
Atteinte à l’autonomie universitaire :
La Loi sur la liberté académique (juin 2022) garantit l’autonomie des universités dans la désignation de leurs instances. Le rejet de Helly, sans motif valable communiqué, est perçu comme une ingérence politique inédite.
L’Université du Québec (UQ) et l’INRS soulignent que ce blocage contrevient aux principes de gouvernance collégiale.
Liberté académique menacée :
La FQPPU et le Syndicat des professeurs de l’INRS dénoncent un « profilage idéologique », craignant que les travaux critiques envers les politiques gouvernementales ne deviennent un critère implicite d’exclusion.
Plus de 300 professeurs signent une lettre ouverte pour dénoncer un précédent dangereux, susceptible de mener à l’autocensure.
Transparency défaillante :
Le ministère n’a fourni des explications partielles qu’après les révélations médiatiques, violant ainsi l’obligation de transparence prévue par la loi.
Réponses institutionnelles
Mobilisation académique : La FQPPU saisit le Comité permanent sur la liberté académique (COPLA), qui ouvre une enquête pour déterminer si le refus constitue une violation des droits académiques.
Position de l’INRS : La direction de l’INRS, bien qu’impuissante face au veto ministériel, réaffirme son soutien à Helly et déplore l’absence de dialogue avec le gouvernement.
Statut actuel
En mars 2024, le COPLA conclut que le ministère a enfreint la Loi sur la liberté académique en :
Refusant de justifier sa décision auprès des instances concernées ;
Divulguant des motifs via les médias plutôt que par des canaux officiels ;
Basant son refus sur des critères étrangers à la compétence académique.
La professeure Helly, bien que toujours en poste à l’INRS, n’a pas été nommée au CA.